Cette cuvée rare de savagnin a été élevée pendant dix ans selon la méthode de l’ouillage, c’est à dire que pendant toutes ces années le volume de vin évaporé (la fameuse “part des anges”) a été remplacé par du vin de manière à ce qu’il ne se crée pas de poche d’air et donc que l’ensemble soit protégé autant que possible de l’oxydation. Le célèbre vin jaune du Jura n’est au contraire jamais protégé de l’air et est donc dit “oxydatif”. Le fait d’ouiller un vin ou de ne pas le faire va évidemment influer sur les arômes qu’il exprimera au final.
Alors bien sûr, après tant d’années, on a beau avoir protégé le vin du mieux possible, un contact avec l’air s’est établi et c’est sur des notes oxydatives typiques que le vin goûte au départ, ces classiques notes fumées qui peuvent aussi rappeler la noix. Mais alors que sur un vin jaune ces notes persistent et se complexifient, ici elles s’effacent subtilement, et laissent la place à un vin vraiment extraordinaire.
La bouche est puissante bien sûr, mais ronde, veloutée, jamais un vin blanc ne m’avait autant marqué par sa texture. Et jamais je n’avais eu une telle impression de pureté, la sensation d’avoir en bouche quelque chose de cristallin, c’est très difficile à décrire. Mais ce qui est le plus incroyable, c’est la longueur interminable de l’ensemble. L’acidité, à peine perçue jusque là, joue vraiment le rôle de squelette du vin et l’étire pendant de très longues secondes.
C’est la première fois qu’au cours d’une dégustation j’ai l’impression, ou plutôt je me rends compte, que je suis tout simplement en train de goûter à ce qui se fait de mieux, à quelque chose qui touche au sublime. Ce n’est que du vin soit, mais quel vin.
Acheté aux Caves Delambre (38, rue Delambre, Paris 14), 64€.







