Arbois-Pupillin savagnin 1999, Emmanuel Houillon (maison Pierre Overnoy)

une petite bouteille (50cl) mais un très grand vin

Cette cuvée rare de savagnin a été élevée pendant dix ans selon la méthode de l’ouillage, c’est à dire que pendant toutes ces années le volume de vin évaporé (la fameuse “part des anges”) a été remplacé par du vin de manière à ce qu’il ne se crée pas de poche d’air et donc que l’ensemble soit protégé autant que possible de l’oxydation. Le célèbre vin jaune du Jura n’est au contraire jamais protégé de l’air et est donc dit “oxydatif”. Le fait d’ouiller un vin ou de ne pas le faire va évidemment influer sur les arômes qu’il exprimera au final.

Alors bien sûr, après tant d’années, on a beau avoir protégé le vin du mieux possible, un contact avec l’air s’est établi et c’est sur des notes oxydatives typiques que le vin goûte au départ, ces classiques notes fumées qui peuvent aussi rappeler la noix. Mais alors que sur un vin jaune ces notes persistent et se complexifient, ici elles s’effacent subtilement, et laissent la place à un vin vraiment extraordinaire.

La bouche est puissante bien sûr, mais ronde, veloutée, jamais un vin blanc ne m’avait autant marqué par sa texture. Et jamais je n’avais eu une telle impression de pureté, la sensation d’avoir en bouche quelque chose de cristallin, c’est très difficile à décrire. Mais ce qui est le plus incroyable, c’est la longueur interminable de l’ensemble. L’acidité, à peine perçue jusque là, joue vraiment le rôle de squelette du vin et l’étire pendant de très longues secondes.

C’est la première fois qu’au cours d’une dégustation j’ai l’impression, ou plutôt je me rends compte, que je suis tout simplement en train de goûter à ce qui se fait de mieux, à quelque chose qui touche au sublime. Ce n’est que du vin soit, mais quel vin.

Acheté aux Caves Delambre (38, rue Delambre, Paris 14), 64€.

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Morgon “P’tit Max” 2006, Guy Breton

Le gamay est un grand cépage. Quand il est (bien) vinifié du côté de Villié-Morgon, il donne des vins relativement puissants, qui peuvent rappeler les vins du Rhône. Et quand on leur donne un peu de temps, qu’on les laisse vieillir un peu, ils s’affinent et apparaissent alors dans un registre beaucoup plus fin et élégant. C’est à mon avis l’une des forces du (bon) Morgon et des (bons) vins du Beaujolais en général. Ils donnent immédiatement beaucoup de plaisir, si bien qu’il est difficile de ne pas les boire tout de suite et de les garder quelques années en cave, mais s’avèrent être encore meilleurs si on a pu faire preuve d’un peu de patience (ou qu’un caviste s’en est chargé…).

L’étiquette habituelle de la cuvée “P’tit Max” de Guy Breton

Pour savoir à quel millésime on a affaire, il faut lire la contre-étiquette

Le “P’tit Max” 2006 est une petite merveille. Exactement la bouteille que j’aimerais faire goûter à chaque fois qu’on me dit que le Beaujolais ne produit que de la piquette à la banane. Le nez, en retrait au premier abord, est sur des notes de fleurs séchées, ça sent la rose et la violette, mais ça m’évoque plus un pot-pourri qu’un bouquet de fleurs fraîches. C’est aussi du fruit, un vrai panier de fraises et bien sûr de la cerise, un peu confite.

 

La robe est très claire et commence à prendre des teintes orangées. La bouche apparaît, elle aussi, évoluée. Il me semble que le fruit a un côté un peu fumé. Le touché de bouche est délicat et la matière est toujours là. Alors que je m’attendais à quelque chose de suave mais d’un peu mou, j’ai été surpris par la présence d’une belle acidité qui rend l’ensemble bien droit, net. Le vin est donc taillé pour quelques années de garde encore, mais si vous avez l’occasion d’en ouvrir une, je vous conseille de le faire maintenant!

Acheté chez Vinnouveau (http://www.vinnouveau.fr/), 17€

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Côtes-du-Rhône “la Sagesse” 2010, domaine Gramenon (Michèle Aubéry-Laurent)

Au cours de la dégustation “vallée du Rhône” qui a eu lieu samedi dernier et comme tous les ans aux caves Augé, on a dégusté de belles choses, de très belles choses même. Les Anglore 2011, bruts de cuve, étaient superbes de finesse et j’ai hâte qu’ils soient disponibles. L’autre grand moment pour nous fût la dégustation, avec Michèle Aubéry-Laurent, des 2010 du domaine Gramenon. Grand moment pour deux raisons. La première parce que Michèle Aubéry-Laurent a été tout bonnement adorable. La seconde parce que plusieurs de ses vins goûtaient merveilleusement bien. Parmi eux, la fameuse “Mémé” qui, parce que probablement jeune, a été mise en cave pour au moins deux ans (il va falloir tenir…) et sur laquelle je reviendrai alors. Juste un mot sur “la Mémé” tout de même: évident. L’autre bouteille marquante fut donc “la Sagesse”. Un côtes-du-Rhône vendu moins de 20 euros chez plusieurs cavistes de bon goût. 20 euros pour une bouteille, soyons honnêtes, ce n’est pas rien, mais pour un vin de cette qualité le rapport plaisir/prix n’est pas loin d’être imbattable.

Le nez d’abord, plein de fruits rouges, de fraise notamment, est super avenant. C’est certain, cette bouteille est du même acabit que celle goûtée quelques jours auparavant. Le “touché de bouche” est délicat, le vin est souple malgré ses 14,5° d’alcool et la texture pas loin du velours. Ca goûte définitivement sur les fruits rouges, c’est ample, épicé, mais frais. Il va falloir être fort pour ne pas sortir les “Mémé” trop tôt.

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N’en soufrez plus.

Plus encore que des contrefaçons, méfiez-vous de ceux qui vous prennent pour des cons. Surfant déjà sur la vague du vin biologique, comme beaucoup, avec sa gamme “autrement”, Gérard Bertrand s’attaque désormais au vin “naturel”. Il a lancé dans cette optique la gamme “naturae”, des vins sans soufre ajouté. Ne soyez pas dupes, il s’agit évidemment là d’une manoeuvre purement commerciale. Le fait de ne pas mettre de soufre dans son vin n’en fait pas automatiquement un produit de qualité et Gérard étant au vin ce que la vache qui rit est au fromage, permettez-moi de douter (très fortement) de cette qualité. “Mais avez-vous goûté au moins, avant de critiquer?” me demanderez-vous. Et bien non, je n’ai jamais bu une goutte des vins de Bertrand, mais est-il nécessaire d’avoir écouté le dernier single de Yannick Noah pour être certain que c’est bien de la merde? Si vous souhaitez boire “nature”, plutôt que de faire plaisir à Gérard ou à Bertrand, rendez donc hommage à Robert.

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Vin de France “les Rouliers” 2010, Richard Leroy

J’ai découvert les vins de Richard Leroy il n’y a pas bien longtemps. En 2009, millésime particulièrement chaud, Richard Leroy avait alors réussi l’exploit de produire des vins faisant preuve d’une incroyable tension. Cette tension semble être la marque de fabrique de ce vigneron, car c’est encore ce qui m’a le plus marqué dans ce “Rouliers” 2010. La bouche est d’abord riche, on sent un raisin mûr qui développe des arômes exubérants de fruits jaunes, et quand une (toute petite) pointe de chaleur se fait sentir, alors le vin s’étire, et s’étire encore. Quelle longueur! Et ces petites notes salines qui font saliver rendent l’ensemble encore plus digeste. Un chenin comme je n’en connais pas d’autre. Une merveille.

Je n’ai jamais eu l’occasion de goûter les vins de ce domaine sur des millésimes plus anciens mais je suis très curieux de savoir ce qu’ils donnent avec un peu de temps. Et tiens, si jamais quelqu’un lit et sait ça, Richard Leroy produit-il des magnums?

Découvert grâce aux Caves Delambre (38, rue Delambre, Paris 14) et acheté cette fois-ci chez Coureurs de terroirs (14, rue de la Jonquière, Paris 17), 20€

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Pouilly-Fumé “Pierre précieuse” 2010, Alexandre Bain

Un nez de fruits exotiques et de fleurs blanches. Pas de trace de pipi de chat. En bouche, on retrouve ce côté fruité avec des arômes de poire, c’est mûr. L’ensemble est porté par une chouette minéralité, des notes de type pierre à fusil, c’est précis. La longueur est assez impressionnante et la finale un poil verte me laisse penser que, bien que déjà très beau, ce vin gagnerait encore à être gardé quelques années. Ça, c’est du sauvignon (et pas du pipi de chat).

Acheté au Vin en tête (30, rue des Batignolles, Paris 17), 20,80€

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Saint-Emilion grand cru 1999, Château Meylet (Michel Favard)

Elle frime un peu cette étiquette, semble nous regarder de haut, sûre d’elle avec son petit liseret doré et ses allures de grand Bordeaux. Seulement voilà, C’EST un grand Bordeaux. Et puis une fois en bouche, le vin s’avère être franc et loin d’être snobinard. On est d’abord agréablement surpris par un très grand respect du fruit, l’élevage est parfaitement intégré, pas une note de bois ne se fait sentir. Ce qui étonne également, c’est l’étincelante jeunesse dont le jus fait preuve malgré ses 12 ans passés, de beaux tannins apportant une fraîche acidité.

Je vois un peu cette bouteille comme celle qui pourrait mettre tout le monde d’accord, qu’on soit branché vin “naturel” ou plus traditionnel. C’est extrêmement fin, très classe, j’ai presque envie de dire distingué, mais à la fois plein de fruits croquants, honnête, pimpant, loin d’être pataud. Et pour couronner le tout, il s’agit d’un cadeau! Merci M & L.

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